Jiddu Krishnamurti - L'art de vivre

  • 2010



Avant-propos

Il me semble qu’une moralité et un comportement complètement différents, et une action qui émerge de la compréhension de tout le processus de la vie, sont devenus un besoin urgent dans notre monde de crises et de problèmes sans cesse croissants. Nous essayons de résoudre ces problèmes par des méthodes politiques et organisationnelles, par des réajustements économiques et diverses réformes; mais aucune de ces choses ne résoudra jamais les difficultés complexes de l'existence humaine, même si elles peuvent offrir un soulagement temporaire. Toutes les réformes, quelle que soit leur ampleur et leur durée, sont elles-mêmes la cause d'une confusion accrue et d'un nouveau besoin de réformes. Sans comprendre tout l'être complexe de l'homme, de simples réformes ne produiront que la demande confuse de nouvelles réformes. Les réformes ne finissent jamais et, dans le même sens, il n'y a pas de solution fondamentale.

Les révolutions politiques, économiques ou sociales ne sont pas non plus la solution, car elles ont produit des tyrannies effrayantes ou le simple transfert de pouvoir et d'autorité aux mains d'un groupe différent. De telles révolutions ne sont jamais la solution à notre confusion et au conflit dans lequel nous vivons.

Mais il y a une révolution qui est complètement différente et doit se produire si nous voulons sortir de la série infinie d'inquiétudes, de conflits et de frustrations dans lesquels nous sommes piégés. Cette révolution ne doit pas commencer par des théories et des idées qui, à long terme, s’avèrent inutiles, mais par une transformation radicale de l’esprit lui-même. Une telle transformation ne peut avoir lieu que par une éducation appropriée et par le développement total de l'être humain. C'est une révolution qui doit se produire dans la totalité de l'esprit, et pas seulement dans la pensée. La pensée, après tout, n’est qu’un résultat et non la source, l’origine. Il doit y avoir une transformation radicale de l'origine elle-même et pas une simple modification du résultat. Actuellement, nous nous amusons avec les résultats, avec les symptômes. Nous ne produisons pas un changement vital déracinant de vieilles méthodes de pensée, libérant ainsi l'esprit des traditions et des habitudes. C’est dans ce changement vital que nous nous intéressons, qui ne peut provenir que d’une éducation adéquate.

La fonction de l'esprit est d'étudier et d'apprendre. En apprenant, je ne comprends pas la simple culture de la mémoire ou l’accumulation de connaissances, mais la capacité de penser clairement et de façon raisonnable, sans illusion, sur la base de faits et non de croyances et d’idéaux. Il n'y a pas d'apprentissage si la pensée provient de conclusions précédentes. Acquérir simplement des informations ou des connaissances ne signifie pas apprendre. Apprendre implique d'aimer comprendre et d'aimer faire quelque chose pour soi-même. L'apprentissage n'est possible que lorsqu'il n'y a pas de contrainte d'aucune sorte. Et la contrainte prend de nombreuses formes, n'est-ce pas? Il existe une contrainte exercée par l'influence, l'attachement ou la menace, la stimulation persuasive ou des formes subtiles de récompense.

La plupart des gens pensent que l'apprentissage est favorisé par comparaison, alors qu'en réalité c'est le contraire. La comparaison génère de la frustration et ne fait qu’encourager l’envie, ce qui s’appelle la concurrence. Comme d'autres formes de persuasion, la comparaison empêche l'apprentissage et engendre la peur. L'ambition engendre aussi la peur. L'ambition, qu'elle soit personnelle ou identifiée au collectif, est toujours antisociale. La prétendue noble ambition est fondamentalement destructive dans la relation.

Il est nécessaire d'encourager le développement d'un bon esprit, capable de traiter de multiples problèmes de la vie dans son ensemble et de ne pas tenter de les échapper, devenant ainsi contradictoire en soi, frustré, amer ou cynique. Et il est essentiel que l'esprit soit conscient de son propre conditionnement, de ses propres motivations et de ses recherches.

Puisque le développement d'un esprit sain constitue l'un de nos intérêts fondamentaux, la façon dont on enseigne est très importante. Il faut qu'il y ait une culture de l'esprit complet et pas seulement la transmission de l'information. Dans le processus de transmission des connaissances, l'éducateur doit inviter la discussion et encouragera les élèves à enquêter et à penser de manière indépendante.

L'autorité, "celui qui sait", n'a pas sa place dans l'apprentissage. L’éducateur et l’élève apprennent tous les deux grâce à la relation mutuelle privilégiée qu’ils ont établie; Mais cela ne signifie pas que l'éducateur néglige le sens de l'ordre dans la pensée. Cet ordre n'est pas produit par la discipline sous la forme d'affirmations de connaissance affirmatives, mais se pose naturellement lorsque l'éducateur comprend que, dans la culture de l'intelligence, il doit exister un sentiment de liberté. Cela ne signifie pas la liberté de faire ce que l'on veut ou de penser dans un esprit de simple contradiction. C’est la liberté avec laquelle l’élève est aidé à réaliser ses propres impulsions et motivations, qui sont révélées par sa pensée et son action quotidiennes.

Un esprit discipliné n'est jamais libre, pas plus qu'un esprit qui a réprimé le désir ne peut être libre. Ce n'est qu'en comprenant tout le processus du désir que l'esprit peut accéder à la liberté. La discipline limite toujours l'esprit à un mouvement dans la structure d'un système de pensée ou de croyance particulier, n'est-ce pas? Et un tel esprit n'est jamais libre d'être intelligent. La discipline génère une soumission à l'autorité. Il fournit la capacité de fonctionner dans le modèle d'une société qui nécessite une capacité fonctionnelle, mais ne réveille pas l'intelligence, qui a sa propre capacité. L'esprit qui n'a rien cultivé d'autre que la capacité à travers la mémoire ressemble à l'ordinateur électronique moderne qui, bien qu'il fonctionne avec une capacité et une précision étonnantes, ne reste qu'une machine. L'autorité peut persuader l'esprit de penser dans une direction particulière. Mais être guidé pour penser selon certaines lignes ou dans les termes d'une conclusion précédente, c'est ne pas penser du tout; Il fonctionne simplement comme une machine humaine, ce qui engendre un mécontentement irréfléchi qui conduit à la frustration et à d’autres malheurs.

Nous nous intéressons au développement total de chaque être humain, en l'aidant à réaliser sa capacité la plus haute et la plus complète qui soit - une capacité fictive que l'éducateur a en vue en tant que concept ou idéal. Tout esprit de comparaison empêche la pleine floraison de l'individu, qu'il soit scientifique ou jardinier. La pleine capacité d'un jardinier est égale à la pleine capacité d'un scientifique, quand il n'y a pas de comparaison possible; mais lorsque la comparaison intervient, des relations méprisantes et envieuses apparaissent et créent un conflit entre l'homme et l'homme. Comme pour la douleur, l’amour n’est pas comparatif; Il ne peut être comparé au plus grand ou au plus petit. La douleur est la douleur, tout comme l'amour est l'amour, qu'il existe chez les riches ou les pauvres.

Le développement le plus complet de tous les individus crée une société d'égaux. La lutte actuelle pour produire l'égalité au niveau économique ou à un niveau spirituel n'a aucun sens. Les réformes sociales visant à instaurer l'égalité engendrent d'autres formes d'activités antisociales; mais avec une bonne éducation, il n'est pas nécessaire de rechercher l'égalité par le biais de réformes sociales ou autres, car l'envie - avec la comparaison de ses capacités - cesse.

Nous devons distinguer ici entre la fonction et le niveau social. Le niveau social, avec tout son prestige émotionnel et hiérarchique, ne naît que par la comparaison de fonctions, les considérant comme une fonction supérieure et une fonction inférieure. Lorsque chaque individu s'épanouit au maximum de ses capacités, il n'y a aucune comparaison des fonctions; Il n'y a que l'expression de la capacité d'enseignant, de premier ministre ou de jardinier, puis le niveau social perd son aiguillon d'envie.

La capacité fonctionnelle technique est reconnue, aujourd'hui, lorsque nous avons un titre qui suit notre nom; mais si nous nous intéressons vraiment au développement total de l'être humain, notre approche est complètement différente. Une personne qui possède la capacité nécessaire peut obtenir son diplôme et ajouter des lettres à son nom, ou ne pas le faire, à sa guise. Mais il saura lui-même ses profondes aptitudes, qui ne seront pas formulées par un titre et dont l’expression ne produira pas cette confiance égocentrique qui engendre habituellement la capacité technique Cette confiance est comparative et donc antisociale. La comparaison peut exister à des fins utilitaires, mais l'éducateur n'a pas à comparer les capacités de ses élèves et à produire des évaluations plus élevées ou plus basses.

Puisque nous nous intéressons au développement total de l'individu, l'étudiant ne devrait pas être autorisé à choisir ses propres matières au début, car son choix est probablement basé sur des préjugés et des humeurs passagères ou sur la recherche de ce qui est plus facile à faire; Ou vous pouvez choisir en fonction des besoins immédiats d'un besoin particulier. Mais si cela vous aide à découvrir par vous-même et à cultiver vos capacités innées, vous choisirez naturellement non pas les sujets les plus faciles, mais bien ceux avec lesquels vous pourrez exprimer vos capacités au plus haut niveau possible. Si dès le début on aide l’élève à regarder la vie comme une totalité avec tous ses problèmes psychologiques, intellectuels et émotionnels, il n’en aura pas peur.

L'intelligence est la capacité d'aborder la vie dans son ensemble. et le fait d'attribuer des notes à l'étudiant ne garantit pas l'intelligence. Au contraire, cela dégrade la dignité humaine. Cette analyse comparative mutile l'esprit - ce qui ne signifie pas que l'enseignant ne doit pas observer les progrès de chaque élève ni en garder une trace. Les parents, naturellement désireux de connaître les progrès de leurs enfants, voudront un rapport; mais si, malheureusement, ils ne comprennent pas ce que l'enseignant tente de faire, le rapport deviendra un instrument de coercition pour produire les résultats souhaités, ce qui faussera la tâche de l'éducateur.

Les parents doivent comprendre le type d’éducation que l’école entend transmettre. En général, ils sont satisfaits de voir que leurs enfants se préparent à obtenir un diplôme qui leur garantira de bons moyens de subsistance. Très peu sont intéressés par autre chose que cela. Bien sûr, ils veulent voir leurs enfants heureux, mais au-delà de ce vague désir, très peu pensent au développement total des enfants. Comme presque tous les parents souhaitent avant tout que leurs enfants aient une carrière réussie, les contraindre par des menaces ou les intimider affectueusement pour qu'ils acquièrent des connaissances et c’est ainsi que le livre devient si important; Ceci est accompagné par la simple culture de la mémoire, par la simple répétition, sans qu'il y ait la qualité de la vraie pensée.

Peut-être que la plus grande difficulté à laquelle l’éducateur doit faire face est l’indifférence des parents pour une éducation plus large et plus profonde. La plupart d'entre eux ne s'intéressent qu'à la culture d'une connaissance superficielle qui assure à leurs enfants des positions respectables dans une société corrompue. Ainsi, l’éducateur doit non seulement éduquer les enfants de la bonne manière, mais aussi veiller à ce que les parents ne défont pas les bonnes choses qui auraient pu être faites à l’école. En réalité, l'école et la maison doivent être des centres communs d'éducation correcte; ils ne devraient en aucun cas s'opposer, les parents voulant une chose et l'éducateur faire quelque chose de complètement différent. Il est très important que les parents soient pleinement informés de ce que fait l'éducateur et soient vivement intéressés par le développement total de leurs enfants. Il incombe tout autant aux parents de veiller à ce que ce type d’éducation soit réalisé, ainsi qu’aux enseignants, dont le fardeau est déjà suffisamment lourd. Un développement total de l'enfant ne peut se produire que s'il existe une relation juste entre l'enseignant, l'élève et les parents. Comme l'éducateur ne peut pas céder aux fantasmes qui passent ou aux demandes obstinées des parents, il est nécessaire qu'ils comprennent et éduquent l'éducateur sans générer de conflit et de confusion chez leurs enfants.

La curiosité naturelle de l’enfant, l’impulsion d’apprentissage existe depuis le début et doit certainement être constamment encouragée de manière intelligente, pour qu’elle reste vitale et sans distorsion; Cela mènera progressivement à l'étude d'une variété de sujets. S'il est désireux d'apprendre qu'il est stimulé chez l'enfant tout le temps, alors son étude des mathématiques, de la géographie, de l'histoire, de la science ou de tout autre sujet ne sera pas un problème, ni pour l'enfant ni pour l'éducateur. . L'apprentissage est facilité lorsqu'il y a une atmosphère heureuse d'affection et de demande attentive.

L'ouverture et la sensibilité émotionnelles ne peuvent être cultivées que lorsque l'élève se sent en sécurité dans la relation avec ses professeurs. Le sentiment de sécurité est un besoin primordial chez les enfants. Il existe une énorme différence entre le sentiment de sécurité et le sentiment de dépendance. Consciemment ou inconsciemment, la plupart des éducateurs cultivent le sentiment de dépendance et, partant, encouragent subtilement la peur, ce que les parents font aussi à leur manière, qu'ils soient affectueux ou agressifs. La dépendance est produite chez l'enfant par les déclarations autoritaires ou dogmatiques des parents et des enseignants sur ce que l'enfant devrait être et faire. La dépendance est toujours accompagnée par l'ombre de la peur, et cette peur oblige l'enfant à obéir, à s'adapter, à accepter sans réflexion les édits et les sanctions de ses aînés. Dans cette atmosphère de dépendance, la sensibilité est écrasée; Mais lorsque l’enfant sait et se sent en sécurité, son épanouissement émotionnel n’est pas bloqué par la peur.

Ce sentiment de sécurité chez l'enfant n'est pas le contraire de l'insécurité. Cela implique qu'il se sente aussi bien à l'école qu'à son domicile, il sent qu'il peut être ce qu'il est sans être forcé de quelque façon que ce soit, qu'il peut grimper à un arbre sans se faire réprimander s'il tombe. Ce sentiment de sécurité ne peut être atteint que si les parents et les éducateurs sont profondément intéressés par le bien-être de l'enfant.

Il est important que l’enfant, à l’école, se sente calme et totalement en sécurité dès le premier jour. Cette première impression est fondamentale. Mais si l’éducateur tente artificiellement, par divers moyens, de gagner la confiance de l’enfant et lui permet de faire ce qu’il veut, alors il cultive la dépendance, ne donne pas à l’enfant le sentiment qu’il est sûr, qu’il est dans un endroit où il y a des gens profondément intéressés par leur bien-être total.

L'impact même de cette nouvelle relation basée sur la confiance, une relation que peut-être l'enfant n'avait jamais connue auparavant, contribuera à une communication naturelle dans laquelle le jeune homme ne considérera pas les aînés comme une menace à craindre. Un enfant qui se sent en sécurité a ses propres moyens naturels d’exprimer le respect essentiel à l’apprentissage. Ce respect est dépouillé de toute autorité, de toute peur. Lorsque l'enfant a ce sentiment de sécurité, son comportement ou comportement n'est pas imposé par les personnes âgées, mais fait partie du processus d'apprentissage. Parce qu'il se sent en sécurité dans sa relation avec l'enseignant, l'enfant sera naturellement attentif; Ce n’est que dans cette atmosphère de sécurité que l’ouverture émotionnelle et la sensibilité peuvent s’épanouir. Se sentant à l'aise et en sécurité, l'enfant fera ce qu'il veut; mais en faisant ce qu’il aime, il découvrira ce qui est juste et son comportement ne sera pas dû à une résistance, à de l’entêtement, à des sentiments réprimés ou à la simple expression d’une impulsion momentanée.

La sensibilité implique d'être sensible à tout ce qui nous entoure: les plantes, les animaux, les arbres, le ciel, les eaux des rivières, l'oiseau qui vole; et aussi à l'humeur des gens qui nous entourent, à l'étranger qui passe près de nous. Cette sensibilité génère la qualité d'une réponse généreuse et non calculée, qui constitue la vraie moralité et le véritable comportement. Étant sensible, l'enfant aura un comportement ouvert et sans réserve; par conséquent, une simple suggestion de l'enseignant sera acceptée facilement, sans aucune résistance ni friction.

Comme nous nous intéressons au développement total de l'être humain, nous devons comprendre ses impulsions émotionnelles, qui sont beaucoup plus fortes que tout raisonnement intellectuel; Nous devons cultiver la capacité émotionnelle et ne pas contribuer à la réprimer. Lorsque nous comprendrons cela et que, par conséquent, nous serons en mesure de traiter des problèmes à la fois émotionnels et intellectuels, nous n’aurons aucune raison de craindre de les aborder.

Pour le développement total de l'être humain, la solitude devient indispensable pour cultiver la sensibilité. Il faut savoir ce que c'est que d'être seul, ce que c'est de méditer, ce que c'est de mourir; et les applications de la solitude, de la méditation, de la mort ne peuvent être connues que si on les désire. Ces applications ne peuvent pas être enseignées, elles doivent être apprises. On peut indiquer, mais apprendre sur la base de ce qui est indiqué n’est pas expérimenter la solitude ou la méditation. Pour en faire l'expérience, il faut être en état d'investigation; Seul un esprit qui étudie est capable d'apprendre. Mais lorsque la recherche est supprimée par des connaissances antérieures ou par l'autorité et l'expérience de quelqu'un d'autre, l'apprentissage devient une simple imitation, et l'imitation amène un être humain à répéter ce qu'il a appris sans l'expérimenter.

Enseigner ne consiste pas seulement à transmettre des informations, mais aussi à cultiver un esprit curieux. Un tel esprit pénétrera dans le problème de ce qu'est la religion et n'acceptera pas que des religions établies, avec leurs temples et leurs rituels. La recherche de Dieu, de la vérité ou comme on aime à l'appeler - et non la simple acceptation de la croyance et du dogme - est la vraie religion.

Tout comme l'étudiant se brosse les dents tous les jours, il se baigne tous les jours. Il faut donc aussi s'asseoir tranquillement avec les autres ou seul. Cette solitude créatrice ne peut être produite par l'enseignement, ni être guidée par l'autorité externe de la tradition, ni induite par l'influence de ceux qui souhaitent rester assis en silence, mais sont incapables de rester seuls. Cette solitude aide l’esprit à se voir clairement comme dans un miroir et à se libérer de l’inutile effort de l’ambition avec toutes ses complexités, ses peurs et ses frustrations qui résultent d’une activité égocentrique. La solitude confère une stabilité à l'esprit, elle lui confère une constance qui ne peut être mesurée en termes de temps. Cette clarté de l'esprit est le personnage. Le manque de caractère est l'état de contradiction interne.

Être sensible, c'est aimer. Le mot «aimer» n'est pas amour. Et l'amour ne peut être divisé en amour pour Dieu et en homme, il ne peut pas non plus être mesuré en tant qu'amour pour un seul et amour pour plusieurs. L'amour se procure comme une fleur donne son parfum; mais nous mesurons toujours l'amour dans nos relations et, à cause de cela, nous le détruisons.

L'amour n'est pas un produit du réformateur ou du travailleur social, ce n'est pas un instrument politique avec lequel une action peut être créée. Quand le politicien et le réformateur parlent d'amour, ils utilisent le mot sans toucher à la réalité qui en découle, car l'amour ne peut être utilisé comme un moyen de parvenir à une fin, qu'elle soit immédiate ou trouvée. Dans un avenir lointain. L'amour appartient à la Terre entière et non à un champ ou à une forêt en particulier. L'amour de la réalité ne peut être embrassé par aucune religion; et quand les religions organisées l'utilisent, cela cesse d'exister. Des sociétés, des religions organisées et des gouvernements totalitaires, persévérant dans leurs multiples activités, détruisent inconsciemment cet amour qui, lorsqu'il agit, devient une passion.

Dans le développement total de l'être humain grâce à une éducation appropriée, la qualité de l'amour doit être entretenue et maintenue dès le début. L'amour n'est pas de la sentimentalité ni de la dévotion. C'est aussi puissant que la mort. L'amour ne peut être acheté par la connaissance; et un esprit qui, sans amour, poursuit la connaissance, est un esprit qui traite de la cruauté et aspire simplement à l'efficacité.

Dès lors, l’éducateur doit s’intéresser dès le début à cette qualité de l’amour qui est humilité, délicatesse, considération, patience et courtoisie. La modestie et la courtoisie sont innées chez l'homme qui a reçu une éducation appropriée; Il est attentif à tout, y compris aux animaux et aux plantes, et cela se reflète dans son comportement et son discours.

L'accent mis sur cette qualité d'amour libère l'esprit de l'absorption de soi dans son ambition, dans sa cupidité et dans son effort d'achat. L'amour n'a-t-il pas, par rapport à l'esprit, un raffinement qui se traduit par le respect et le bon goût? Ne produit-il pas la purification de l'esprit qui, par ailleurs, a tendance à se renforcer dans l'arrogance? Le raffinement comportemental n'est pas un ajustement auto-imposé ni le résultat d'une exigence externe; se pose spontanément, avec la qualité de l'amour. Lorsqu'il y a compréhension de l'amour, le sexe et toutes les complications et subtilités de la relation humaine peuvent être abordés de manière sensée et non avec enthousiasme et appréhension.

L'éducateur pour qui le développement total de l'être humain est d'une importance primordiale doit comprendre les applications de l'impulsion sexuelle qui joue un rôle si important dans notre vie et doit, dès le début, faire face à la curiosité naturelle des enfants, sans en exprimer un intérêt morbide. La simple transmission d'informations biologiques à des adolescents peut conduire à l'expérimentation de la convoitise, si la qualité de l'amour n'est pas perçue. L'amour libère le mal de l'esprit. Sans amour et sans compréhension de la part de l'éducatrice, la simple séparation des garçons des filles, avec des fils de fer barbelés ou des ordonnances, ne fait que renforcer leur curiosité naturelle et stimuler cette passion qui doit nécessairement dégénérer en une simple satisfaction. Il est donc essentiel que les garçons et les filles soient éduqués ensemble, de manière appropriée.

Cette qualité de l'amour doit également être exprimée lorsque l'on fait du travail manuel, comme le jardinage, la menuiserie, la peinture, l'artisanat; et à travers les sens, quand on regarde les arbres, les montagnes, la richesse de la Terre, la pauvreté que les hommes ont créée entre eux; et aussi en écoutant de la musique, le chant des oiseaux, le murmure des eaux vives.

Nous nous intéressons non seulement à la culture de l'esprit et à l'éveil d'une sensibilité émotionnelle, mais également à un développement physique approfondi, auquel nous devons consacrer une attention considérable. Parce que si le corps n’est pas sain, il est vital, il faussera inévitablement la pensée et contribuera à l’insensibilité. Cela est tellement évident que nous n'avons pas besoin de l'examiner en détail. Il est nécessaire que le corps jouisse d'une excellente santé, de la nourriture appropriée et dorme suffisamment. Si les sens ne sont pas alertes, le corps entravera le développement total de l'être humain. Pour avoir de la grâce dans les mouvements et un contrôle équilibré des muscles, il doit exister diverses formes d'exercices, de danses et de jeux. Un corps qui n'est pas maintenu propre, qui est négligé et qui n'est pas maintenu dans une posture correcte, ne conduit pas à la sensibilité de l'esprit et des émotions. Le corps est l'instrument de l'esprit. mais le corps, les émotions et l'esprit constituent la totalité de l'être humain. À moins qu'ils vivent en harmonie, le conflit est inévitable.

Le conflit contribue à l'instabilité. L'esprit peut dominer le corps et réprimer les sens, mais à cause de cela, il rend le corps insensible; et un corps insensible devient un obstacle au plein vol de l'esprit. La mortification du corps ne conduit pas du tout à la recherche de niveaux de conscience plus profonds; et cela n'est possible que lorsque l'esprit, les émotions et le corps ne se contredisent pas mais sont intégrés, fonctionnent à l'unisson sans aucun effort, sans être guidés par une croyance, un concept ou un idéal.

Dans la culture de l'esprit, notre accent ne devrait pas être centré sur la concentration mais sur l'attention. La concentration est un processus qui force l’esprit, le limite à un point, alors que l’attention manque de frontières. Dans ce processus, l'esprit est toujours limité par une frontière, mais lorsque notre intérêt est de comprendre la totalité de l'esprit, la simple concentration devient un obstacle. L'attention est illimitée, sans les frontières de la connaissance. La connaissance provient de la concentration et, quelle que soit son étendue, elle reste à l'intérieur de ses propres frontières. Dans l’état d’attention, l’esprit peut et doit utiliser des connaissances qui, par nécessité, résultent de la concentration; mais la partie n'est jamais le tout, et assembler les multiples parties ne contribue pas à la compréhension du total. La connaissance, processus additif de concentration, ne permet pas de comprendre ce qui est incommensurable. Le total n'est jamais enfermé dans les parenthèses d'un esprit concentré.

L'attention est donc d'une importance primordiale, mais n'est pas obtenue par l'effort de concentration. C'est un état dans lequel l'esprit est toujours en train d'apprendre, sans un centre autour duquel la connaissance s'accumule sous forme d'expérience. Un esprit qui se concentre sur lui-même utilise la connaissance comme moyen de son propre développement. et une telle activité devient contradictoire et antisociale.

Apprendre, dans le vrai sens du terme, n’est possible que dans cet état d’attention dans lequel il n’existe aucune contrainte externe ou interne. La bonne pensée ne se pose que lorsque l'esprit n'est pas asservi par la tradition et la mémoire. C'est l'attention qui permet au silence de frapper l'esprit, ce qui ouvre la porte à la création. C'est pourquoi l'attention est de la plus haute importance.

La connaissance est nécessaire sur le plan fonctionnel, comme moyen de cultiver l'esprit et non comme une fin en soi. Nous ne nous intéressons pas au développement d'une certaine capacité, telle que celle d'un mathématicien, d'un scientifique ou d'un musicien, mais au développement total de l'étudiant en tant qu'être humain.

Comment l’état d’attention doit-il être créé? Il ne peut être cultivé par la persuasion, la comparaison, la récompense ou la punition, qui sont toutes des formes de coercition. L'élimination de la peur est le principe de l'attention. La peur doit exister, par la force, tant qu'il existe une impulsion à être ou à devenir ceci ou cela, ce qui constitue la poursuite du succès avec toutes ses frustrations et ses contradictions tortueuses. On peut enseigner la concentration, mais l'attention ne peut pas être enseignée, tout comme il est impossible d'enseigner la liberté vis-à-vis de la peur; mais nous pouvons commencer à découvrir les causes qui produisent la peur et, dans la compréhension de ces causes, il y a l'élimination de la peur. Ainsi, l'attention se pose spontanément lorsqu'il y a une atmosphère de bien-être autour de l'étudiant, lorsqu'il a le sentiment d'être en sécurité, calme et remarque l'action désintéressée qui accompagne l'amour. L'amour ne compare pas; de cette façon, l'envie et la torture de "devenir" sont terminées.

Le mécontentement général que nous ressentons presque tout le monde, jeune ou vieux, trouve rapidement un moyen de satisfaction et, ainsi, nos esprits s'endorment. Le mécontentement se réveille de temps en temps à cause de la souffrance, mais l'esprit revient à la recherche d'une solution enrichissante. Elle est prise au piège de cette roue d'insatisfaction et de gratification, et le réveil constant par la douleur fait partie de notre mécontentement. Le mécontentement est le chemin de la recherche, mais il ne peut y avoir d'enquête si l'esprit est lié à la tradition, aux idéaux. La recherche est la flamme de l'attention.

Par mécontentement, je comprends l’état dans lequel l’esprit comprend ce qui est réel et cherche constamment à en découvrir davantage. C'est un mouvement pour aller au-delà des limites de ce qu'il est; et si l'on trouve les moyens de calmer ou de vaincre le mécontentement, il acceptera alors les limites de l'activité égocentrique et de la société dans laquelle il vit.

Le mécontentement est la flamme qui brûle le gâchis de la satisfaction, mais la plupart d’entre nous cherchent à le dissiper de différentes manières. Notre mécontentement devient alors la persécution du "plus", le désir d'une maison plus grande, d'une meilleure voiture, etc., le tout dans le domaine de l'envie; et c'est l'envie qui entretient le même mécontentement. Je parle d'un mécontentement dans lequel il n'y a pas d'envie ou d'avidité du "plus", un mécontentement qui n'est alimenté par aucun désir de satisfaction. Ce mécontentement est un état pur qui existe en chacun de nous, s'il n'est pas désactivé en raison d'une mauvaise éducation, de solutions enrichissantes, d'ambition ou de la poursuite d'un idéal. Quand nous comprendrons la nature du véritable mécontentement, nous verrons que l’attention fait partie de cette flamme ardente qui consume la petitesse et laisse l’esprit libéré des limitations impliquées par les recherches et les gratifications qui l’enveloppent.

Así, la atención surge solamente cuando existe una investigación que no se basa en el progreso propio o en la gratificación. Esta atención debe ser cultivada en el niño, desde el comienzo mismo. Ustedes encontrarán que cuando hay amor -que se expresa mediante la humildad, la cortesía, la paciencia, la delicadeza- ya están libres de las barreras que erige la insensibilidad; de ese modo están ayudando a generar este estado de atención en el niño desde una edad muy temprana.

La atención no es algo que pueda aprenderse, pero ustedes pueden ayudar a despertarla en el estudiante, no creando a su alrededor ese sentido de compulsión que produce una existencia contradictoria en sí misma. Entonces, la atención del niño puede ser enfocada en cualquier momento sobre un tema determinado, y no será la estrecha concentración producida por el impulso compulsivo de adquisición o logro.

Una generación de niños educados de esta manera estará libre del afán adquisitivo y del temor, que son la herencia psicológica de sus padres y de la sociedad en que han nacido; ya causa de que han sido educados así, no dependerán de la herencia de la propiedad. Esta cuestión de la herencia es destructivo: impide que sean verdaderamente independientes y limita la inteligencia, porque engendra una sensación falsa de seguridad que los hace sentirse seguros de sí mismos sin base alguna, creando así una oscuridad mental en la que nada nuevo puede florecer. Pero una generación de seres humanos educados de esta manera por completo diferente -que hemos estado considerando- creará una nueva sociedad; porque ellos tendrán la capacidad nacida de esta inteligencia no trabada por el temor.

Puesto que la educación es tanto responsabilidad de los padres como de los maestros, tenemos que aprender el arte de trabajar juntos, y eso es posible solamente cuando cada uno de nosotros percibe lo que es verdadero. Es esta percepción de la verdad la que nos une, no la opinión, la creencia o la teoría. Hay una diferencia enorme entre lo conceptual y lo factual. Lo conceptual nos puede unir transitoriamente, pero habrá una nueva separación si nuestro trabajo en conjunto es sólo un asunto de convicción. Si cada uno de nosotros ve la verdad, podrá haber discrepancia en los detalles, pero no existirá el impulso de separarse. Sólo el tonto se separa a causa de algún detalle. Cuando todos ven la verdad, el detalle jamás puede convertirse en materia de disensión.

Casi todos estamos acostumbrados a trabajar juntos según las líneas de la autoridad establecida. Nos reunimos para desarrollar un concepto o promover un ideal, y todo esto requiere convicción, persuasión, propaganda y demás. Este trabajar juntos por un concepto, por un ideal, es completamente distinto de la cooperación que surge al ver la verdad y la necesidad de poner esa verdad en acción. Trabajar bajo el estímulo de la autoridad -ya sea la autoridad de un ideal o la autoridad de una persona que representa ese ideal- no es verdadera cooperación. Una autoridad central que conoce muchísimo o que tiene una fuerte personalidad y está obsesionada por ciertas ideas puede forzar o persuadir sutilmente a otros para que trabajen con ella; pero éste no es, ciertamente, el trabajo en conjunto de individuos alertas y vitales.

En cambio, cuando cada uno de nosotros comprende por sí mismo la verdad de cualquier problema, entonces nuestra comprensión común de esa verdad conduce a la acción, y una acción semejante es cooperación. Aquél que coopera porque ve la verdad como verdad, lo falso como falso y la verdad en lo falso, también sabrá cuándo no cooperar, lo cual es igualmente importante.

Si cada uno de nosotros comprende la necesidad de una revoluci n fundamental en la educaci ny percibe la verdad de lo que hemos estado considerando, entonces trabajaremos juntos, sin ninguna forma de persuasi n. La persuasi n existe s lo cuando alguien adopta una posici n de la cual no est dispuesto a moverse. Cuando est meramente convencido de una idea o atrincherado en una opini n, genera oposici n, y entonces lo el otro tienen que ser persuadidos, influidos o inducidos para que piensen de una manera diferente. Una situaci n as no se presentar jam s, cuando cada uno de nosotros vea por s mismo la verdad de algo. Pero si no vemos la verdad y actuamos basados meramente en la convicci n verbal o en el razonamiento intelectual, entonces es forzoso que haya argumentos, acuerdo o desacuerdo, con toda la distorsi ny el esfuerzo in til que eso implica.

Es esencial que trabajemos juntos. Es como si construy ramos una casa; si algunos de nosotros est n construyendo y otros est n demoliendo, es obvio que la casa jam s llegar a construirse. De modo que debemos tener muy en claro, individualmente, que vemos y comprendemos de hecho la necesidad de producir la clase de educaci n gracias a la cual se dar origen a una generaci n nueva, capaz de hab rselas con los problemas de la vida como una totalidad, no como partes aisladas y no relacionadas con lo total.

A fin de poder trabajar juntos de este modo realmente cooperativo, debemos reunimos con frecuencia y tener cuidado de no quedar sumergidos en los detalles. Aquellos de nosotros que estamos seriamente dedicados a producir la clase correcta de educaci n, tenemos la responsabilidad no s lo de llevar a la pr ctica todo cuanto hemos comprendido, sino tambi n de ayudar a otros para que alcancen esta comprensi n. La ense anza es la m s noble de las profesiones, si es que puede siquiera ser llamada una profesi n. Es un arte que requiere no s lo logros intelectuales, sino una paciencia y amor infinitos. Ser correctamente educados es comprender nuestra relaci n con todas las cosas -con el dinero, con la propiedad, con la gente, con la naturaleza- en el vasto campo de nuestra existencia.

La belleza forma parte de esta comprensi n, pero la belleza no es meramente un asunto de proporciones, forma, buen gusto y comportamiento. La belleza es ese estado en el que la mente ha abandonado el centro del yo, por la pasi n de la sencillez. La sencillez no tiene fin; ys lo puede haber sencillez cuando existe una austeridad que no es el resultado de la disciplina calculada y de la renuncia. Esta austeridad es el olvido de s mismo, el cual s lo puede tener su origen en el amor. Cuando carecemos de amor, creamos una civilizaci n en la que se busca la belleza de la forma sin la austeridad y vitalidad internas propias del simple olvido de uno mismo. No hay tal olvido de nosotros mismos si nos inmolamos en la ejecuci n de buenas obras, en ideales, en creencias. Estas actividades parecen estar libres del yo, pero en realidad el yo sigue operando bajo la cubierta de diferentes r tulos. S lo la mente inocente puede inquirir en lo desconocido. Pero la inocencia calculada, que puede vestir un taparrabo o la t nica de un monje, no es esa pasi n del olvido de s mismo, desde el cual surgen la cortes a, la delicadeza, la humildad, la paciencia, que son expresiones del amor.

La mayor a de nosotros conoce la belleza nicamente a trav s de aquello que ha sido creado o producido: la belleza de una forma o de un templo. Decimos que un rbol o una casa o la curva muy distante de un r o tienen belleza. Y por medio de la comparaci n sabemos qu es la fealdad -al menos eso es lo que creemos-. Pero es comparable la belleza? Es belleza aquello que se ha hecho evidente, que se ha manifestado? Consideramos bella una pintura en particular, decimos que un poema o un rostro son bellos porque ya conocemos qué es la belleza merced a lo que nos han enseñado o porque estamos familiarizados con ello y tenemos una opinión formada al respecto. ¿Pero acaso con la comparación no llega a su fin la belleza? ¿Es la belleza una mera familiaridad con lo conocido o es un estado del ser en el que puede existir o no la forma creada?

Estamos siempre persiguiendo la belleza y evitando lo feo, y esta búsqueda de enriquecimiento mediante lo uno y la evitación de lo otro tiene que engendrar, inevitablemente, insensibilidad. Ciertamente, para comprender o sentir qué es la belleza, tiene que haber sensibilidad tanto a lo que llamamos bello como a lo que llamamos feo. Un sentimiento no es bello ni feo, es sólo un sentimiento, y de ese modo lo distorsionamos o lo destruimos. Cuando al sentimiento no se le pone rótulo, permanece intenso, y esta intensidad apasionada es esencial para la comprensión de aquello que no es fealdad ni belleza manifestada. Es de suma importancia el sentimiento sostenido, esa pasión que no es la mera lujuria ni la gratificación propia; porque esta pasión es la que crea la belleza y, por no ser comparable, no tiene opuesto.

Al intentar producir un desarrollo total del ser humano, es obvio que debemos tomar muy en consideración la mente inconsciente al igual que la consciente. El mero educar la mente consciente sin comprender la inconsciente genera contradicción interna en las vidas humanas, con todas sus frustraciones y desdichas. La mente oculta es mucho más vital que la superficial. La mayoría de los educadores se interesa solamente en transmitir información o conocimientos a la mente superficial, preparándola para conseguir un empleo y ajustarse a la sociedad. De ese modo jamás tocamos la mente oculta. Todo lo que hace la así llamada educación es superponer una capa de conocimiento y técnica y proveer cierta capacidad para que nos amoldemos al medio.

La mente oculta es mucho más poderosa que la mente superficial, por bien educados que estemos y por más capaces que seamos de ajustamos al medio; y no se tarta de algo misterioso. La mente oculta o inconsciente es la depositaria de la memoria racial. La religión, la superstición, el símbolo, las tradiciones peculiares de una raza determinada, la influencia de la literatura tanto sagrada como profana, de las aspiraciones, de las frustraciones, de los hábitos y de las diversidades de alimentación, todo eso está arraigado en el inconsciente. Los deseos manifiestos y los deseos secretos con sus motivaciones, esperanzas y temores, sus sufrimientos y placeres, y las creencias alimentadas por el impulso de seguridad que se traduce de múltiples maneras, estas cosas también están contenidas en la mente oculta, la cual no sólo posee esta capacidad extraordinaria de contener el pasado residual, sino que también es capaz de influir sobre el futuro. Las insinuaciones de todo esto se transmiten a la mente superficial por medio de los sueños y de varias otras maneras, cuando esa mente no está ocupada en su totalidad con los sucesos cotidianos.

La mente oculta no tiene nada de sagrado y no hay en ella nada que deba temerse, ni tampoco requiere un especialista para que la exponga a la mente superficial. Pero a causa del enorme poder de la mente oculta, la superficial no puede habérselas con ella como quisiera. La mente superficial es, en gran medida, impotente en relación con su propia parte oculta. Por mucho que trate de dominar, moldear, controlar lo oculto, apenas si puede, a causa de sus exigencias y actividades sociales, arañar la superficie de lo oculto; y entonces hay entre ambas mentes una hendidura, una contradicción. Tratamos de tender un puente sobre este abismo mediante la disciplina, mediante prácticas diversas, sanciones y demás, pero no es posible lograrlo de ese modo.

La mente consciente está ocupada con lo inmediato, el limitado presente, mientras que la inconsciente está bajo el peso de los siglos y no puede ser reprimida o desviada de su curso por una necesidad inmediata. Lo inconsciente tiene la cualidad del tiempo profundo, y la mente consciente, con su cultura recién adquirida, no puede habérselas con ello conforme a sus urgencias pasajeras. Para erradicar la contradicción interna, la mente superficial tiene que comprender este hecho y permanecer tranquila -lo cual no implica dar oportunidad a los innumerables impulsos de lo oculto-. Cuando no hay resistencias entre lo manifiesto y lo oculto, entonces lo oculto, a causa de que tiene la paciencia del tiempo, no invadirá lo inmediato.

La mente oculta, inexplorada y no comprendida, con su parte superficial que ha sido “educada”, entra en contacto con los retos y las exigencias del presente inmediato. Puede que lo superficial responda al reto adecuadamente, pero a causa de que hay contradicción entre lo superficial y lo oculto, cualquier experiencia de lo superficial sólo incremento el conflicto con lo oculto. Esto produce más experiencias aún, ampliando así el abismo entre el presente y el pasado. La mente superficial, al experimentar lo externo sin comprender lo interno, lo oculto, sólo ocasiona un conflicto más vasto y profundo.

La experiencia no libera ni enriquece a la mente, como por lo general pensamos que hace. En tanto la experiencia fortalezca al experimentador, tiene que haber un conflicto. Al tener experiencias, una mente condicionada sólo refuerza su condicionamiento y así perpetúa la contradicción y la desdicha. Sólo para la mente que es capaz de comprender en totalidad sus propios comportamientos, la experiencia puede ser un factor de liberación.

Una vez que se perciben y comprenden los poderes y las capacidades de las múltiples capas de lo oculto, entonces los detalles pueden ser sabia e inteligentemente investigados. Lo importante es la comprensión de lo oculto y no la mera educación de la mente superficial a fin de que adquiera conocimientos, por indispensables que sean. Esta comprensión de lo oculto libera del conflicto a la mente total, y sólo entonces hay inteligencia.

Tenemos que despertar la plena capacidad de la mente superficial que vive en la actividad cotidiana y también tenemos que comprender lo oculto. En la comprensión de lo oculto existe un vivir total en el que llega a su fin la contradicción interna con su dolor y su felicidad alternantes. Es esencial estar familiarizado con la mente oculta y percatarse de sus operaciones; pero es igualmente importante no estar ocupado con ella ni darle una significación indebida. Es sólo cuando la mente comprende lo superficial y lo oculto que puede ir más allá de sus propias limitaciones y descubrir esa bendición que no pertenece al tiempo.


JIDDU KRISHNAMURTI

EXTRACTO DEL LIBRO “EL ARTE DE VIVIR”


CHAPITRE 1

¿Alguna vez han pensado ustedes por qué se les educa, por qué están aprendiendo historia, matemáticas, geografía o lo que fuere? ¿Alguna vez se han preguntado por qué asisten a escuelas y colegios? ¿Acaso no es muy importante averiguar por qué se les atesta con información, con conocimientos? ¿Qué es toda la así llamada educación? Sus padres les envían aquí, tal vez porque ellos mismos han aprobado ciertos exámenes y han obtenido diversos títulos. ¿Se han preguntado alguna vez por qué están aquí, y los maestros les han preguntado por qué están aquí? ¿Saben los maestros por qué ellos están aquí? ¿No deben ustedes tratar de averiguar qué significa toda esta lucha, esta lucha para estudiar, para aprobar exámenes, para vivir en cierto lugar lejos de sus casas y no tener miedo, para ser hábiles en los deportes y demás? ¿No deberían sus maestros ayudarles a investigar todo esto y no a prepararlos meramente para que aprueben los exámenes?

Los chicos aprueban los exámenes porque saben que tendrán que obtener un empleo, que deberán ganarse la vida. ¿Por qué aprueban los exámenes las chicas? ¿Para poder conseguir con su educación mejores maridos? No se rían, sólo piensen en esto. ¿Acaso sus padres les envían lejos, a la escuela, porque en su hogar son ustedes un estorbe? Pasando los exámenes, ¿van ustedes a comprender toda la significación de la vida? Algunas personas son muy ingeniosas en la aprobación de los exámenes, pero eso no significa necesariamente que sean inteligentes. Otras, que no saben cómo aprobar los exámenes, pueden ser mucho más inteligentes; pueden ser más capaces con sus manos y pueden considerar las cosas más profundamente que la persona que sólo rellena su cabeza para aprobar los exámenes.

Muchos chicos estudian solamente para tener un empleo y ésa es toda la aspiración que tienen en la vida. Pero después de que consiguen el empleo, ¿qué sucede? Se casan, tienen hijos y por el resto de sus vidas están presos en la maquinaria, ¿no es así? Se vuelven oficinistas, abogados, policías o lo que fuere; viven en perpetua lucha con sus esposas, con sus hijos; la vida que llevan es una batalla constante hasta que mueren.

¿Y qué es lo que ocurre con ustedes, las chicas? Se casan -aspiran a eso, así como el interés de sus padres es que se casen- y después tienen hijos. Si disponen de algún dinero se interesan en sus saris y en cómo lucen; se preocupan por las reyertas que tienen con sus maridos y por lo que dirá la gente.

¿Alcanzan a ver todo esto? ¿Acaso no lo advierten en sus familias, en sus vecinos? ¿No han notado cómo esto ocurre todo el tiempo? Casi ninguno de ustedes averigua cuál es el significado de la educación, por qué necesitan que se les eduque, por qué sus padres quieren que se les eduque, por qué se pronuncian elaborados discursos acerca de lo que se supone que la educación está haciendo en el mundo. Ustedes quizá puedan leer las obras de Bernard Shaw, quizá puedan citar a Shakespeare o Voltaire oa algún nuevo filósofo, pero si en sí mismos no son inteligentes, si no son creativos, ¿cuál es el sentido de esta educación?

¿No es, entonces, esencial tanto para los maestros como para los estudiantes descubrir cómo ser inteligentes? La educación no consiste en que sean meramente capaces de leer y de aprobar exámenes; cualquier persona lista puede hacer esto. La educación consiste en cultivar la inteligencia, ¿no es así? Por inteligencia no entiendo la astucia o el tratar de ser hábil a fin de superar a otros. La inteligencia, por cierto, es algo completamente distinto. La inteligencia existe cuando no sienten temor ¿Y cuándo sienten temor? El temor surge cuando piensan en lo que la gente puede decir de ustedes o en lo que podrán decir sus padres; temen ser criticados, temen ser castigados o fracasar en la aprobación de un examen. Cuando el maestro les reprende o cuando no son populares en su clase, poco a poco se introduce furtivamente el temor.

El temor es, obviamente, una de las barreras para la inteligencia, ¿no es así? Y la esencia misma de la educación consiste en ayudar al estudiante -ustedes y yo- a tomar conciencia de las causas del temor ya comprenderlas, de modo tal que desde la infancia misma en adelante pueda vivir libre de temor.

¿Se dan cuenta de que están atemorizados? Sienten temor, ¿verdad? ¿O est n libres de temor? Acaso no sienten temor de sus padres, de sus maestros, de lo que la gente podr a pensar? Supongamos que hicieron algo que sus padres y la sociedad desaprueban. No sentir an temor? Supongamos que las chicas quisieran casarse con alguien que no pertenece a la clase oa la casta de ellas, no tendr an miedo de lo que la gente podr a decir? Si el futuro marido no ganara el dinero suficiente o si no tuviera posici no prestigio, no se sentir an avergonzadas? No temer an que sus amigas pudieran pensar mal de ellas? Y no temen todos a la enfermedad, a la muerte?

La mayor a de nosotros tiene miedo. No digan no tan r pidamente. Quiz no hayamos pensado al respecto; pero si lo hacemos advertimos que casi todos en el mundo, tanto los adultos como los ni os, tienen alguna clase de temor que les corroe el coraz n. No es funci n de la educaci n ayudar a cada individuo a librarse del temor, de modo que pueda ser inteligente? A eso aspiramos en la escuela, lo cual significa que los propios maestros han de estar realmente libres de temor. De qu sirve que los maestros hablen de no tener miedo si ellos mismos temen lo que sus vecinos podr an decir, si temen a sus esposas?

Si uno est atemorizado, no puede haber iniciativa en el sentido creativo de la palabra. Tener iniciativa en este sentido es hacer algo original, hacerlo espont neamente, naturalmente, sin ser forzado, guiado, controlado. Es hacer algo que uno ama. Ustedes deben haber visto a menudo una piedra en medio de la carretera y un autom vil que choca contra ella. Alguna vez han quitado esa piedra? O alguna vez, cuando sal an a pasear y observaban a la gente pobre, a los paisanos, a los aldeanos, han hecho alguna cosa, la han hecho espont neamente, naturalmente, por iniciativa propia, sin esperar que alguien les dijera lo que deben hacer?

Vean, si sienten temor, todo esto est excluido de sus vidas; se vuelven insensibles y no observan lo que ocurre alrededor de ustedes. Si sienten temor est n atados por la tradici n, siguen a alg nl der o gur . Cuando est n atados por la tradici n, cuando temen a sus maridos oa sus esposas, pierden su dignidad como seres humanos individuales.

No es, entonces, tarea de la educaci n liberarlos del temor y no prepararlos meramente para que aprueben ciertos ex menes, por necesario que esto pueda ser? Esencialmente, profundamente, se debe ser el prop sito vital de la educaci ny de todos los maestros; ayudarles desde la infancia a que se liberen del temor, de modo que cuando salgan al mundo sean seres humanos inteligentes, plenos de verdadera iniciativa. La iniciativa se destruye cuando est n meramente copiando, cuando est n amarrados por la tradici n, cuando siguen a un dirigente pol tico oa un swami religioso. Seguir a alguien es sin duda perjudicial para la inteligencia.

El proceso mismo de seguir crea una sensaci n de temor; y el temor cierra las puertas a la comprensi n de la vida con todas sus extraordinarias complicaciones, sus luchas, sus sufrimientos, su pobreza, su opulencia y su belleza -la belleza de los p jaros o de la puesta del sol sobre el agua-. Cuando est n atemorizados, son completamente insensibles a todo esto.

Puedo sugerirles que pidan a sus maestros que les expliquen lo que hemos estado hablando? Lo har n? Descubran por s mismos si los maestros han comprendido estas cosas, eso contribuir a que ellos los ayuden a ser m s inteligentes, a no tener miedo. En cuestiones de esta clase necesitamos maestros que sean muy inteligentes, inteligentes en el verdadero sentido, no s lo en el sentido de haber aprobado los ex menes de maestr ao de licenciatura. Si les interesa, vean si pueden arregl rselas para disponer durante el día de un período en el que discutan y conversen sobre todo esto con sus maestros. Puesto que se volverán adultos, van a tener maridos, esposas, hijos, y tendrán que saberlo todo acerca de lo que es la vida, la vida con su lucha para ganarse la subsistencia, con sus desdichas, con su belleza extraordinaria. Todo esto tendrán que conocerlo y comprenderlo; y la escuela es el lugar para aprender acerca de estas cosas. Si los maestros les enseñan meramente matemáticas y geografía, historia y ciencia, es obvio que eso resulta insuficiente. Lo importante para ustedes es que estén alerta, que hagan preguntas, que descubran, de modo que puedan despertar la propia iniciativa.

CHAPITRE 2

Hemos estado considerando el problema del temor. Vimos que casi todos estamos atemorizados y que el temor impide la iniciativa porque hace que nos aferremos a la gente ya las cosas como una enredadera se aferra a un árbol. Nos aferramos a nuestros padres, a nuestros maridos, a nuestros hijos e hijas, a nuestras esposas ya nuestras posesiones. Ésa es la forma exterior del temor. Estando internamente atemorizados, tenemos miedo de estar solos. Podremos poseer muchos saris, joyas y otras propiedades, pero internamente, psicológicamente, somos muy pobres. Cuanto más pobres somos en lo interno, tanto más tratamos de enriquecemos exteriormente apegándonos a las personas, a la posición, a la propiedad.

Cuando estamos atemorizados nos aferramos no sólo a las cosas externas sino también a las internas, tales como la tradición. Para la mayoría de las personas de edad avanzada y para las que en lo interno son insuficientes y vacías, la tradición importa muchísimo. ¿Han notado esto entre sus amigos, sus padres y maestros? ¿Lo han notado en sí mismos? En el momento en que hay temor, temor interno, tratan de ocultarlo bajo la respetabilidad, siguiendo una tradición, y así pierden la iniciativa. A causa de que les falta iniciativa y sólo siguen a otros, la tradición se vuelve muy importante, la tradición de lo que dice la gente, la tradición de lo que ha sido transmitido desde el pasado, la tradición que carece de vitalidad, del sabor de la vida, porque es una mera repetición sin significado alguno.

Cuando uno tiene miedo, hay siempre una tendencia a imitar. ¿Han notado eso? Las personas que tienen miedo imitan a otras; se aferran a la tradición, a sus padres, a sus esposas o maridos, a sus hermanos. Y la imitación destruye la iniciativa. ¿Saben?, cuando dibujan o pintan un árbol, no imitan el árbol, no lo copian exactamente como es, lo cual sería una mera fotografía. A fin de tener la libertad necesaria para pintar un árbol o una flor o una puesta del sol, tienen que sentir lo que estas cosas les comunican, el significado, el sentido que tienen. Esto es muy importante: que traten de comunicar el significado de lo que ven y no que meramente lo copien, porque de ese modo están abiertos al proceso creativo. Y para esto tiene que haber una mente que sea libre, que no esté cargada con la tradición, con la imitación. ¡Miren nada más que sus propias vidas y las vidas de quienes los rodean, vean lo tradicionales, lo imitativas que son!

En ciertas cuestiones están ustedes obligados a ser imitativos, tal como en las ropas que visten, en los libros que leen, en el idioma que hablan. Éstas son todas formas de imitación. Pero es necesario ir más allá de este nivel y sentimos libres para pensar las cosas por nosotros mismos, de modo que no aceptemos irreflexivamente lo que algún otro dice, sin ¡importar quién sea: un maestro en la escuela, un padre o uno de los grandes instructores religiosos. Es esencial que piensen las cosas por sí mismos y no sigan a nadie, porque el seguimiento indica temor, ¿no es así? En el momento en que alguien les ofrece algo que ustedes desean -el paraíso, el cielo o un empleo mejor-, hay temor de no obtenerlo; por consiguiente, empiezan a obedecer, a seguir. En tanto estén deseando algo se hallan atados al temor; y el temor mutila la mente de tal modo, que no pueden ser libres.

¿Saben lo que es una mente libre? ¿Alguna vez han observado la propia mente? No es libre, ¿verdad? Siempre están a la expectativa de lo que sus amigos dicen de ustedes. Esa mente es como una casa cercada por una valla o por un alambre de púas. En este estado nada nuevo puede acontecer; lo nuevo sólo es posible cuando no hay temor. Y es extremadamente difícil para la mente estar libre de temor, porque ello implica realmente estar libres del deseo de imitar, de seguir, libres del deseo de acumular riquezas o de amoldarse a una tradición, todo lo cual no quiere decir que hayan de hacer algo extravagante.

La libertad de la mente adviene cuando no hay temor, cuando la mente no desea alardear y no urde intrigas en busca de posición o prestigio. Entonces no hay sentido de imitación. Y es importante tener una mente así, una mente de verdad libre de la tradición, la cual constituye el mecanismo formador de los hábitos.

¿Es esto demasiado difícil? No creo que sea tan difícil como la geografía o las matemáticas de ustedes. Es mucho más fácil, sólo que jamás han pensado al respecto. Pasan diez o quince años de sus vidas en la escuela adquiriendo información; sin embargo, nunca se toman tiempo -ni una semana, ni siquiera un día- para pensar plenamente, completamente en algunas de estas cosas. Por eso parece tan difícil, pero en realidad no lo es en absoluto. Al contrario, si le dedican tiempo podrán ver por sí mismos cómo trabaja la mente de ustedes, cómo opera, cómo responde. Y es muy importante que empiecen a comprender su propia mente mientras son jóvenes, de otro modo crecerán siguiendo alguna tradición, lo cual tiene muy poco sentido; imitarán, o sea, que seguirán cultivando el temor y así nunca serán libres.

¿Han advertido lo atados que están a la tradición aquí, en la India? Deben casarse de cierta manera, sus padres eligen al marido oa la esposa. Deben practicar ciertos rituales; puede que éstos no tengan ningún sentido, pero están obligados a practicarlos. Tienen líderes a quienes deben seguir. Todo alrededor de ustedes, si lo han observado, refleja un estilo de vida en el que la autoridad se halla muy bien afirmada. Está la autoridad del gurú, la autoridad del grupo político, la autoridad de los padres y de la opinión pública. Cuanto más antigua es una civilización, tanto mayor es el peso de la tradición, con su serie de imitaciones; y, estando agobiada por ese peso, la mente de ustedes jamás es libre. Pueden hablar de libertad política o de cualquier otro tipo de libertad, pero como individuos nunca son libres para descubrir por sí mismos; siempre están siguiendo, siguiendo un ideal, siguiendo a algún gurú o maestro, alguna superstición absurda.

Por lo tanto, toda la vida de ustedes está restringida, limitada, confinada a ciertas ideas; y muy en lo hondo, está el temor. ¿Cómo pueden pensar libremente, si hay temor? Por eso es tan importante estar conscientes de todas estas cosas. Si ven una víbora y saben que es venenosa, se apartan, no se acercan a ella. Pero ignoran que se hallan atrapados en una serie de imitaciones que impiden la iniciativa; están atrapados en ellas inconscientemente. Pero si comienzan a tomar conciencia de ellas y de cómo los tienen sujetos, si se dan cuenta del hecho de que quieren imitar porque sienten temor de lo que la gente pueda decir, porque temen a sus padres oa sus maestros, entonces podrán mirar todas estas imitaciones en las que están atrapados, podrán examinarlas como estudian las matemáticas o cualquier otra materia.

¿Están conscientes, por ejemplo, de que tratan a las mujeres de distinta manera que a los hombres? ¿Por qué tratan desdeñosamente a las mujeres? Al menos los hombres lo hacen con frecuencia. ¿Por qué van a un templo, por qué practican rituales, por qué siguen a un gurú?

Vean, primero tienen que darse cuenta de todas estas cosas y después pueden investigarlas, cuestionarlas, estudiarlas; pero si todo lo aceptan ciegamente porque por los últimos treinta siglos ha sido así, entonces eso no tiene sentido, ¿verdad? Lo que indudablemente necesitamos son individuos como ustedes y como yo que están comenzando a examinar todos estos problemas, no de manera superficial o casual sino más y más profunda, a fin de que la mente tenga libertad para ser creativa, libertad para pensar, libertad para amar.

La educación es un medio para descubrir nuestra verdadera relación con las cosas, con otros seres humanos y con la naturaleza. Pero la mente crea ideas. Y estas ideas se vuelven tan fuertes, tan dominantes, que nos impiden mirar más allá. En tanto haya temor hay seguimiento de la tradición, hay imitación. Una mente que sólo imita es mecánica, ¿no es así? En su funcionamiento es como una máquina: no es creativa, no examina los problemas. Puede producir ciertas acciones, ciertos resultados, pero no es creativa.

Ahora bien, lo que todos debemos hacer -ustedes y yo igual que los maestros, los directores y las autoridades- es investigar juntos todos estos problemas, de modo que cuando dejen este lugar sean individuos maduros, capaces de considerar las cosas por sí mismos, sin depender de alguna estupidez tradicional. Entonces tendrán la dignidad de un ser humano verdaderamente libre. Ése es todo el propósito de la educación, no el de prepararles meramente para que aprueben ciertos exámenes y después, por el resto de sus vidas, sean derivados hacia algo que no aman, como el convertirse en abogados o en oficinistas o en amas de casa o en máquinas de engendrar niños. Tienen que insistir en que se les imparta la clase de educación que les estimule a pensar libremente y sin temor, que les ayude a investigar, a comprender; deben exigirla de sus maestros. De lo contrario, desperdician la vida, ¿no es así? Se les “educa”, aprueban los exámenes de licenciatura o maestría, obtienen un empleo que les desagrada pero que aceptan a causa de que tienen que ganar dinero, se casan y tienen hijos… y ahí se quedan, clavados por el resto de sus vidas. Son desdichados, infelices, pendencieros; no tienen nada que esperar, excepto más bebés, más hambre, más desdicha. ¿Llaman a esto el propósito de la educación? Por cierto, la educación tiene que ayudarles a ser tan agudamente inteligentes que puedan hacer lo que aman y no queden atascados en algo estúpido que les hará desgraciados por el resto de sus vidas.

Por lo tanto, mientras son j venes deben despertar en su interior la llama del descontento, deben hallarse en un estado de revoluci n. sta es la poca para inquirir, para descubrir, para crecer; por eso insistan en que sus padres y sus maestros les eduquen apropiadamente. No se satisfagan meramente con sentarse en una aula y absorber informaci n acerca de este rey o de aquella guerra. Est n descontentos, acudan a sus maestros e inquieran, descubran. Si ellos no son inteligentes, al inquirir as les ayudar na que sean inteligentes. Y cuando ustedes dejen la escuela crecer n en madurez, en verdadera libertad. Entonces continuar n aprendiendo durante toda la vida hasta que mueran, y ser n seres humanos inteligentes, dichosos.

Interlocutor: C mo hemos de adquirir el h bito de vivir sin temor?

K.: Mira las palabras que has usado. El h bito implica un movimiento que se repite una y otra y otra vez. Si haces algo una y otra vez, asegura eso alguna cosa, excepto la monoton a? Acaso es un h bito la ausencia de temor? Ciertamente, la ausencia de temor llega solamente cuando uno puede afrontar los acontecimientos de la vida y resolverlos a fondo, cuando puede verlos y examinarlos, pero no con una mente agotada que est presa en el h bito.

Si haces algo habitualmente, si est s preso en el h bito, eres meramente una m quina repetitivo. El h bito es repetici n, es hacer irreflexivamente la misma cosa una y otra vez, lo cual implica construir un muro a nuestro alrededor. Si a causa de alg nh bito has construido un muro a tu alrededor, no est s libre del temor; es el propio vivir dentro del muro el que te hace temer. Cuando tenemos la inteligencia para mirar todo lo que ocurre en la vida, lo cual implica examinar cada problema, cada suceso, cada pensamiento y emoci n, cada reacci n, s lo entonces estamos libres del temor.

CHAPITRE 3

Hemos estado hablando acerca del temor y de c mo vernos libres de l, y hemos visto c mo el temor pervierte la mente impidi ndole ser libre, creativa y priv ndola, por lo tanto, de la enormemente importante cualidad de la iniciativa.

Creo que debemos considerar tambi n la cuesti n de la autoridad. Ustedes saben qu es la autoridad, pero saben c mo nace? El gobierno tiene autoridad, no es as ? Est la autoridad del estado, de la ley, del polic ay del soldado. Sus padres y sus maestros tienen cierta autoridad sobre ustedes, les hacen hacer lo que ellos piensan que deben hacer: irse a dormir a cierta hora, comer la clase apropiada de comida, conocer la clase correcta de personas. Les disciplinan, verdad? Pourquoi Dicen que es por el propio bien de ustedes. Lo es? Investigaremos eso. Pero primero tenemos que comprender c mo surge la autoridad. La autoridad es coacci n, compulsi n, el poder de una persona sobre otra, de los pocos sobre los muchos o de los muchos sobre los pocos.

Por el hecho de que alguien sea mi padre o mi madre, tiene alg n derecho sobre m ? Qu derecho tiene cualquiera de tratar a otro como basura? Qu piensan ustedes que da origen a la autoridad?

Obviamente, en primer lugar est el deseo que cada uno de nosotros tiene de encontrar un modo seguro de comportamiento: queremos que se nos diga lo que debemos hacer. Estando confundidos, preocupados y no sabiendo qu hacer, acudimos a un sacerdote, a un maestro, a un padre oa alguna otra persona buscando una salida para nuestra confusi n. A causa de que pensamos que él sabe mejor que nosotros lo que hay que hacer, vamos a ver al gurú oa algún otro hombre ilustrado y le pedimos que nos diga cómo debemos actuar. Por lo tanto, es nuestro deseo de encontrar un estilo particular de la vida, una forma de conducta, lo que da origen a la autoridad, ¿no es así?

Digamos, por ejemplo, que voy a ver a un gurú. Acudo a él porque pienso que es un gran hombre que conoce la verdad, que conoce a Dios y que, por lo tanto, puede darme paz. No sé nada acerca de todo esto por mí mismo, de modo que acudo a él, me prostemo, le ofrezco flores, le entrego mi devoción. Deseo ser consolado, que me digan lo que tengo que hacer y, de ese modo, creo una autoridad. Esa autoridad no tiene una existencia real fuera de mí.

Mientras son ustedes jóvenes, el maestro puede señalarles aquello que no conocen. Pero si es de verdad inteligente, les ayudará a que crezcan para ser también inteligentes, les ayudará a que comprendan la confusión en que viven a fin de que no busquen la autoridad, ni la de él ni la de ningún otro.

Existe la autoridad externa del estado, de la ley, del policía. Somos nosotros los que creamos exteriormente esta autoridad, porque tenemos propiedades que proteger. La propiedad es nuestra y no queremos que ningún otro la tenga, y así creamos un gobierno para que proteja lo que poseemos. El gobierno se convierte en nuestra autoridad; es nuestra invención, para que nos proteja, para que proteja nuestro estilo de vida, nuestro sistema de pensamiento. Gradualmente, a través de siglos, hemos establecido un sistema de leyes, de autoridad: el estado, el gobierno, la policía, el ejército, para que “me” proteja y proteja lo “mío”.

También está la autoridad del ideal, que no es externa sino interna. Cuando decimos: “debo ser bueno, no debo ser envidioso, debo sentirme fraternal con todos”, creamos en nuestra mente la autoridad de un ideal, ¿no es así? Supongamos que soy intrigante, estúpido, cruel, que lo quiero todo para mí, que deseo el poder. Ése es el hecho, es lo que realmente soy. Pero pienso que debo ser fraternal porque así lo han dicho las personas religiosas, y también porque es conveniente, provechoso decir eso; en consecuencia, creo el ideal de la fraternidad. No soy fraternal, pero por diversas razones deseo serio; de ese modo, el ideal se convierte en mi autoridad.

Entonces, a fin de vivir conforme a ese ideal, me impongo una disciplina. Me siento muy envidioso de usted porque tiene un abrigo mejor o un sari más bonito o más títulos; por consiguiente, digo: “no debo tener sentimientos de envidia, debo ser fraternal”. El ideal se ha vuelto mi autoridad y trato de vivir conforme a ese ideal.¿Qué sucede entonces? Que vida se convierte en una batalla constante entre lo que soy y lo que debería ser. Me disciplino, y el estado también me disciplina; ya sea comunista, socialista o capitalista, el estado tiene ideas acerca de cómo debo comportarme. Si vivo en un estado así y hago algo contrario a la ideología oficial, soy reprimido por el estado, o sea, por los pocos que controlan el estado.

Existen en nosotros dos partes: la parte consciente y la parte inconsciente. ¿Comprenden lo que eso significa? Supongan que estoy paseando por el camino y hablo con un amigo. Mi mente consciente está ocupada con nuestra conversación, pero hay otra parte de mí que está absorbiendo inconscientemente innumerables impresiones: los árboles, las hojas, los pájaros, la luz del sol sobre el agua. Este impacto de lo externo sobre lo inconsciente ocurre todo el tiempo, aunque nuestra mente consciente esté ocupada. Y lo que absorbe el inconsciente es mucho más importante que lo que absorbe la mente consciente. Ésta puede absorber comparativamente poco. Ustedes absorben conscientemente, por ejemplo, lo que se les enseña en la escuela, y eso no es realmente mucho. Pero la mente inconsciente está absorbiendo de manera constante las acciones recíprocas entre ustedes y el maestro, entre ustedes y sus amigos; todo esto ocurre subterráneamente e importa mucho más que la mera absorción de hechos en la superficie. De manera similar, durante estas charlas de cada mañana, la mente inconsciente está absorbiendo constantemente lo que se dice, y más tarde, durante el día o durante la semana, de pronto lo recordarán. Esto tendrá un efecto mayor sobre ustedes que lo que escuchan conscientemente.

Volvamos atrás: nosotros creamos la autoridad, la autoridad del estado, de la policía, la autoridad del ideal, la autoridad de la tradición. Quiero hacer algo, pero mi padre dice: “No lo hagas”. Tengo que obedecerle, de lo contrario se enojará y dependo de él para alimentarme. Él me controla mediante el temor, ¿no es así? Por lo tanto, se convierte en mi autoridad. De igual modo, estamos controlados por la tradición: “debes hacer eso y no aquello, debes vestir tu sari de cierta manera, no debes mirar a los muchachos, oa las chicas…” La tradición les dice lo que deben hacer; y la tradición, después de todo, es conocimiento, ¿verdad? Están los libros que les dicen lo que hay que hacer, sus padres les dicen lo que hay que hacer, la sociedad y la religión les dicen lo que hay que hacer. ¿Y a ustedes qué les ocurre? Quedan aplastados, abatidos. Jamás piensan, jamás actúan y viven vitalmente, porque todas estas cosas les atemorizan. Dicen que tienen que obedecer, de otro modo estarán indefensos. Qu'est ce que ça signifie? Significa que han creado la autoridad, a causa de que están buscando un modo seguro de conducirse, una manera segura de vivir. La persecución misma de la seguridad crea autoridad, y así es como nos volvemos meros esclavos, dientes en las ruedas de una maquinaria, viviendo sin ninguna capacidad para pensar, para crear.

No sé si ustedes pintan. Si lo hacen, generalmente el maestro de arte les dice cómo pintar. Ven un árbol y lo copian. Pero pintar es ver el árbol y expresar sobre la tela o en el papel lo que sienten respecto de ese árbol, lo que significa: el movimiento de las hojas con el susurro del viento que pasa entre ellas. Para hacer eso, para captar el movimiento de la luz y de las sombras, tienen que ser muy sensibles. ¿Y cómo pueden ser muy sensibles a cualquier cosa si tienen miedo y están todo el tiempo diciendo: “debo hacer esto, debo hacer aquello, de lo contrario, ¿qué pensará la gente?”. Toda sensibilidad a lo bello es paulatinamente destruida por la autoridad.

Surge, entonces, el problema de si una escuela de esta clase debe disciplinarles. Vean las dificultades que los maestros, si son verdaderos maestros, tienen que afrontar. Alguno de ustedes es una chica o un chico desobediente; si yo soy un maestro, ¿debo imponerle una disciplina? Si lo hago, ¿qué ocurre? Siendo más grande, teniendo más autoridad y todo eso, y porque me pagan para hacer ciertas cosas, le obligo a obedecer. Al hacerlo, ¿no estoy mutilando su mente? ¿No estoy comenzando a destruir su inteligencia? Si le fuerzo para que haga las cosas porque pienso que eso es lo correcto, ¿no le vuelvo estúpido? Y a ustedes les gusta ser disciplinados, que les fuercen para que hagan las cosas, aun cuando exteriormente puedan objetarle. Eso les da una sensación de seguridad. Si no les forzaran, piensan que estarían realmente mal, que harían cosas incorrectas; por lo tanto, dicen: “por favor, disciplíneme, ayúdeme a comportarme correctamente”.

Entonces, ¿debo disciplinarles o más bien ayudarles a que comprendan por qué son desobedientes, por qué hacen esto o aquello? Esto significa, sin duda, que como maestro o padre no debo tener sentido alguno de autoridad. Debo ayudarles realmente a que comprendan sus dificultades, por qué son malos, por qué huyen; debo desear que se comprendan a sí mismos. Si les fuerzo no les ayudo. Si como maestro quiero ayudarles de verdad a que se comprendan a sí mismos, eso significa que sólo puedo ocuparme de unos pocos niños o niñas. No puedo tener cincuenta estudiantes en mi clase. Sólo he de tener unos pocos, de modo que pueda prestar atención individual a cada uno de ellos. Entonces, no crearé la autoridad que les obligue a hacer algo que probablemente harían por su propia cuenta una vez que se comprendieran a sí mismos.

Espero, pues, que vean cómo la autoridad destruye la inteligencia. Después de todo, la inteligencia puede advenir sólo cuando hay libertad, libertad para pensar, para sentir, para observar, para investigar. Pero si les fuerzo, les hago tan tonitos como yo lo soy; y esto es lo que por lo general ocurre en una escuela. El maestro enseña lo que sabe él y no saben ustedes. ¿Pero qué es lo que el maestro sabe? Un poquito más de matemáticas o geografía. Él no ha resuelto ninguno de los problemas vitales, no ha investigado las cosas enormemente importantes de la vida, ¡y truena como Júpiter o como un sargento mayor!

Por lo tanto, en una escuela de esta clase es esencial que, en vez de ser meramente disciplinados para que hagan lo que se les dice, se les ayude a comprender, a ser inteligentes y libres, porque entonces serán capaces de afrontar sin temor todas las dificultades de la vida. Esto requiere un maestro competente, un maestro que se interese realmente por ustedes, que no está preocupado por el dinero, por su esposa y sus hijos; y es responsabilidad tanto de los estudiantes como de los maestros crear un estado de cosas semejante. No se limiten a obedecer, descubran cómo resolver un problema por sí mismos. No digan: “hago esto porque mi padre quiere que lo haga”. Descubran más bien por qué quiere él que lo hagan, por qué piensa él que una cosa es buena y alguna otra es mala. Háganle preguntas, de modo tal que no sólo despierten la propia inteligencia, sino que también le ayuden a él a ser inteligente.

¿Pero qué es lo que suele ocurrir cuando comienzan a hacerle preguntas a su padre? Él les castiga, ¿no es así? Está preocupado por su trabajo y no tiene la paciencia, el amor para sentarse y conversar con ustedes sobre las enormes dificultades de la existencia, de ganarse la vida, de tener una esposa o un marido. No quiere tomarse tiempo para examinar todo esto, de modo que les aparta o les manda a la escuela. Y en esto, el maestro es igual que el padre de ustedes, igual que cualquier otra persona. Pero es responsabilidad de los maestros, de los padres y de todos ustedes, los estudiantes, contribuir al despertar de la inteligencia.

Interlocutor: ¿De qué modo puede uno ser inteligente?

K.: ¿Qué implica esta pregunta? Quieres un método por el cual ser inteligente, lo cual implica que sabes lo que es la inteligencia. Cuando vas a algún lugar, ya sabes cuál es tu destino y sólo tienes que averiguar el modo de llegar más allá. De igual manera, piensas que sabes lo que es la inteligencia y deseas un método por el cual puedas ser inteligente. La inteligencia es el cuestionamiento del método. El temor destruye la inteligencia, ¿no es así? El temor te impide examinar, cuestionar, inquirir; te impide descubrir lo verdadero. Quizá llegues a ser inteligente cuando ya no sientas temor. Tienes que investigar todo el problema del temor y estar libre del temor; entonces existe la posibilidad de que seas inteligente. Pero si preguntas: de qu modo puedo ser inteligente?, est s cultivando meramente un m todo y as te vuelves tonto.

Interlocutor: Todos sabemos que vamos a morir Por qu le tenemos miedo a la muerte?

K.: Por qu le temes a la muerte? Tal vez sea porque no sabes c mo vivir. Si supieras c mo vivir plenamente, le tendr as miedo a la muerte? Si amaras los rboles, la puesta del sol, si amaras a los p jaros, la hoja que cae, si tuvieras conciencia de los hombres y mujeres que lloran, de la gente pobre, si realmente sintieras amor en tu coraz n, estar as temeroso de la muerte? Lo estar as? No te dejes persuadir por m . Considerem slo juntos. Ustedes no viven con alegr a, no son dichosos, no son vitalmente sensibles a las cosas; por eso preguntan qu va a pasar cuando mueran. Para ustedes la vida es dolor, por eso est n mucho m s interesados en la muerte. Sienten que tal vez habr felicidad despu s de la muerte. Pero se es un problema tremendo y ustedes no saben c mo investigarlo. Despu s de todo, en el fondo de esto est el temor: temor de morir, temor de vivir, temor de sufrir. Si no pueden comprender qu es lo que causa el temor y se libran de l, entonces no tiene mucha importancia si est n viviendo o si est n muertos.

Interlocutor: Como podemos vivir dichosamente?

K.: Cuando est s viviendo dichosamente, lo sabes? Sabes cuando est s sufriendo, cuando tienes un dolor f sico. Cuando alguien te golpea o se enoja contigo, sabes que sufres. Pero cuando eres dichoso, lo sabes? Tienes conciencia de tu cuerpo cuando est sano? Ciertamente, la felicidad es un estado del cual somos inconscientes, del cual no nos percatamos. En el momento en que nos damos cuenta de que somos felices, dejamos de ser felices, no es as ? Pero casi todos ustedes sufren; siendo conscientes de eso, desean escapar del sufrimiento hacia lo que llaman felicidad. Quieren ser conscientemente felices; y en el momento en que son conscientemente felices, la felicidad se ha ido. Puedes decir alguna vez que eres dichoso? Es solamente despu s, un instante o una semana despu s cuando dices: qu feliz fui, qu dichoso he sido! . En el instante real eres inconsciente de la felicidad, y sa es su belleza.

CHAPITRE 4

El problema de la disciplina es realmente muy complejo, porque la mayor a de nosotros piensa que mediante alguna forma de disciplina tendremos finalmente la libertad. La disciplina es el cultivo de la resistencia, no es as ? Pensamos que resistiendo, erigiendo internamente una barrera contra algo que considerarnos malo, seremos m s capaces de comprenderlo y de tener libertad para vivir plenamente; pero eso no es un hecho, verdad? Cuanto m s resisten o luchan contra algo, tanto menos lo comprenden. Ciertamente, es s lo cuando hay libertad, verdadera libertad para pensar, para descubrir, cuando uno puede llegar a saber alguna cosa.

Pero la libertad, obviamente, no puede existir dentro de una estructura. Y casi todos nosotros vivimos en una estructura, en un mundo creado por ideas, no es as ? Por ejemplo, sus padres y sus maestros les dicen lo que est bien y lo que est mal, qu es da ino y qu es beneficioso. Y ustedes saben lo que dice la gente, lo que dice el sacerdote, lo que dice la tradici ny lo que han aprendido en la escuela. Todo eso forma una especie de cercado dentro del cual viven, y, viviendo dentro de ese cercado, dicen que son libres. ¿Lo son? ¿Puede un hombre ser libre alguna vez, en tanto esté viviendo en una prisión?

Por lo tanto, uno ha de demoler los muros que lo mantienen preso en la tradición y descubrir por sí mismo qué es lo real, lo verdadero. Tiene que experimentar y descubrir por su cuenta, y no seguir meramente a alguien, por noble o estimulante que sea esa persona y por feliz que uno pueda sentirse en su presencia. Lo importante es ser capaz de examinar, no sólo aceptar, todos los valores creados por la tradición, todas las cosas que la gente ha dicho que son buenas, beneficiosas, valiosas. En el momento en que aceptan, empiezan a amoldarse, a imitar; y el amoldarse, el imitar, el seguir, jamás pueden hacer que uno sea libre y dichoso.

Nuestros mayores dicen que ustedes deben ser disciplinados. La disciplina se la imponen ustedes a sí mismos y les es impuesta por otros, desde fuera. Pero lo importante es estar libres para pensar, para inquirir, de modo que puedan empezar a descubrir por sí mismos. Por desgracia, la mayoría de la gente no quiere pensar, no quiere descubrir; tiene mentes cerradas. Pensar profundamente, investigar las cosas y descubrir por uno mismo lo que es verdadero, resulta muy difícil; requiere percepción alerta, investigación constante, y la mayoría de las personas no tiene ni la disposición ni la energía para eso. Dicen: “usted sabe mejor que yo; usted es mi gurú, mi maestro, y yo le seguiré”.

Es entonces muy importante que desde la más tierna edad estén ustedes libres para descubrir y no se hallen cercados por un muro de “debes” y “no debes”, porque si les dicen constantemente lo que deben y lo que no deben hacer, ¿qué ocurrirá con su inteligencia? Serán entidades irreflexivas que solamente siguen una carrera, a las que sus padres les dicen con quién deben casarse o no casarse; y eso, evidentemente, no es la acción de la inteligencia. Ustedes podrán pasar sus exámenes y ser muy prósperos, podrán tener buenas ropas y estar llenos de joyas, podrán gozar de amigos y de prestigio, pero en tanto estén atados por la tradición, no puede haber inteligencia.

La inteligencia, por cierto, adviene sólo cuando tenemos libertad para investigar, para considerar cuidadosamente las cosas y descubrir; de ese modo nuestra mente se vuelve muy activa, muy alerta y clara. Entonces somos individuos plenamente integrados, no entidades temerosas que, no sabiendo qué hacer, sienten internamente una cosa y exteriormente se ajustan a algo diferente.

La inteligencia les exige que rompan con la tradición y vivan su propia vida, pero están cercados por las ideas de sus padres acerca de lo que deben y lo que no deben hacer y por las tradiciones de la sociedad. En consecuencia, hay un conflicto desarrollándose internamente, ¿no es así? Ustedes son todos jóvenes, pero no creo que sean demasiado jóvenes como para no darse cuenta de todo esto. Quieren hacer algo, pero sus padres y maestros les dicen: “no lo hagas”. Por eso tiene lugar una lucha interna, y en tanto no resuelvan esa lucha estarán atrapados en el conflicto, en la pena, en el dolor, deseando perpetuamente hacer algo y estando impedidos de hacerlo.

Si lo investigan cuidadosamente, verán que la disciplina y la libertad son contradictorias, y que al buscar la verdadera libertad se pone en marcha un proceso diferente que trae su propia clarificación, de modo tal que ustedes simplemente no hacen ciertas cosas.

Mientras son jóvenes, es muy importante que estén libres para descubrir y se les ayude a que descubran lo que realmente quieren hacer en la vida. Si no lo descubren mientras son jóvenes, jamás lo descubrirán y ya nunca serán individuos libres y dichosos. La semilla debe ser sembrada ahora, de modo que comiencen ahora a tomar la iniciativa.

En el camino, han pasado frecuentemente junto a aldeanas que llevan pesadas cargas, ¿no es así? ¿Qué sienten respecto de ellas? Esas pobres mujeres con los vestidos rotos y sucios, con comida insuficiente, que trabajan día tras día por un jornal de hambre, ¿sienten algo por ellas? ¿O están ustedes tan atemorizados, tan ocupados consigo mismos, con sus exámenes, con su apariencia, con sus saris, que jamás les prestan atención? Cuando las ven pasar junto a ustedes, ¿qué sienten? ¿Sienten que son mucho mejores, que pertenecen a una clase más alta y que, por lo tanto, no necesitan tener consideración por ellas? ¿No quieren ayudarlas? Non? Eso indica cómo piensan. ¿Acaso están todos tan embotados por siglos de tradición, por lo que dicen sus padres y sus madres, son tan conscientes de que pertenecen a cierta clase, que ni siquiera miran a los aldeanos y aldeanas? ¿Están realmente tan ciegos que no saben lo que pasa alrededor de ustedes?

Es el temor, temor a lo que dirán sus padres, sus maestros, temor a la tradición, temor a la vida, lo que destruye gradualmente la sensibilidad, ¿no es así? ¿Saben lo que es la sensibilidad? Ser sensible es sentir, recibir impresiones, tener simpatía por aquellos que sufren, tener afecto, damos cuenta de las cosas que suceden alrededor de nosotros. Cuando está repicando la campana del templo, ¿se dan cuenta de ello? ¿Escuchan el sonido? ¿Alguna vez ven la luz del sol sobre el agua? ¿Se dan cuenta de la gente pobre, de los aldeanos que han sido controlados, oprimidos durante siglos por los explotadores? Cuando ven a un sirviente que lleva una alfombra pesada, ¿le prestan ayuda?

Todo esto implica la sensibilidad. Pero ya lo ven, la sensibilidad se destruye cuando nos imponen una disciplina, cuando sentimos temor o nos interesamos mucho por nosotros mismos. Interesamos por nuestra apariencia, por nuestros saris, pensar todo el tiempo en nosotros mismos -cosa que casi todos hacemos en una u otra forma-, es ser insensibles, porque entonces la mente y el corazón están cerrados y perdemos toda apreciación de la belleza.

Ser realmente libre implica una gran sensibilidad. No hay libertad si estamos cercados por el interés propio o por distintos muros de disciplinas. En tanto nuestra vida sea un proceso de imitación no puede haber sensibilidad ni libertad. Es esencial, mientras están aquí, sembrar la semilla de la libertad, lo cual implica despertar la inteligencia; porque con esa inteligencia podrán ustedes abordar todos los problemas de la vida.

Interlocutor: ¿Es factible para un hombre librarse de todo sentimiento de temor y, al mismo tiempo, permanecer en la sociedad?

K.: ¿Qué es la sociedad? Un conjunto de valores, un conjunto de normas, regulaciones y tradiciones, ¿no es así? Uno ve estas condiciones externas y dice: “¿puedo tener una relación práctica con todo eso?” ¿Por qué no? Después de todo, si uno encaja meramente en esa estructura de los valores, ¿es libre? ¿Y qué es lo que entiendes por “factible”? Hay muchas cosas que uno puede hacer para ganarse la vida; y si eres libre, ¿acaso no puedes elegir lo que quieres hacer? ¿No es eso factible? ¿O considerarías factible olvidar tu libertad y encajar meramente en la estructura convirtiéndote en abogado, banquero, comerciante o barrendero? Ciertamente, si eres libre y has cultivado tu inteligencia, descubrirás qué es lo mejor para tí. Dejarás de lado todas las tradiciones y harás algo que amas realmente, sin considerar lo que tus padres o la sociedad aprueben o desaprueben. A causa de que eres libre hay inteligencia, y harás algo que es completamente tuyo, actuarás como un ser humano integrado.

Interlocutor: ¿Qué es Dios?

K.: ¿Como vas a descubrirlo? ¿Aceptando la información de alguna otra persona? ¿O tratarás de descubrir por tí mismo qué es Dios? Es fácil formular preguntas, pero experimentar la verdad requiere muchísima inteligencia, muchísima búsqueda e investigación.

Por lo tanto, la primera pregunta es: ¿vas a aceptar lo que otro dice acerca de Dios? No importa quién lo diga, Krishna, Buda o Cristo, porque todos pueden estar equivocados; del mismo modo puede estar equivocado tu propio gurú particular. Ciertamente, para descubrir qué es verdadero, tu mente tiene que estar libre para investigar, lo cual significa que no puede meramente aceptar o creer. Yo puedo darte una descripción de la verdad, pero no será igual que si experimentas la verdad por ti mismo. Todos los libros sagrados describen lo que es Dios, pero esa descripción no es Dios. La palabra “Dios” no es Dios, ¿verdad?

A fin de descubrir qué es verdadero, jamás debes aceptar, jamás debes ser influido por lo que puedan decir los libros, los maestros o cualquier otra persona. Si eres influido por ellos, sólo encontrarás lo que ellos quieren que encuentres. Y debes saber que tu propia mente puede crear la imagen de lo que ella desea: puede imaginar a Dios con barba o con un solo ojo, puede hacer que sea azul o púrpura. De modo que has de estar atento a tus propios deseos y no has de dejarte engañar por las proyecciones de tus propias necesidades y anhelos. Si anhelas ver a Dios de cierta manera, la imagen que verás estará de acuerdo con tus deseos; y esa imagen no será Dios, ¿verdad? Si estás sufriendo y deseas ser consolado, o si te sientes romántico o sentimental en tus aspiraciones religiosas, a larga crearás un Dios que proveerá lo que necesitas; pero eso tampoco será Dios.

Así que tu mente tiene que estar por completo libre; sólo entonces podrás descubrir lo verdadero, no mediante la aceptación de superstición alguna, no mediante la lectura de los así llamados libros sagrados ni siguiendo a ningún gurú. Sólo cuando tengas esta libertad, esta verdadera libertad respecto de las influencias externas, y también estés libre de tus propios deseos y anhelos, de modo que tu mente sea muy clara, sólo entonces te será posible descubrir lo que Dios es. Pero si meramente te sientas y especulas, entonces tu suposición es tan buena como la de tu gurú y es igualmente ilusoria.

Interlocutor: ¿ Podemos darnos cuenta de nuestros deseos inconscientes?

K.: En primer lugar, ¿te das cuenta de tus deseos conscientes? ¿Sabes lo que es el deseo? ¿Te das cuenta de que habitualmente no escuchas a nadie que esté diciendo algo contrario a lo que crees? Tu deseo te impide escuchar. Si deseas a Dios y alguien te señala que el Dios que deseas es el resultado de tus frustraciones y temores, ¿le escucharás? Bien sûr que non. Tú deseas una cosa y la verdad es algo por completo diferente. Te limitas a ti mismo dentro de tus propios deseos. Sólo te percatas a medias de tus deseos conscientes, ¿no es así? Y mucho más difícil es darse cuenta de los deseos que están muy ocultos. Para descubrir lo que está oculto, para descubrir cuáles son sus propias motivaciones, la mente que investiga tiene que ser absolutamente clara y estar completamente libre. Por lo tanto, primero tienes que darte cuenta plenamente de tus propios deseos conscientes; entonces, a medida que te vuelvas cada vez más alerta a lo que está en la superficie, podrás ir penetrando más y más en lo profundo.

Interlocutor: ¿Por qué algunas personas nacen en condiciones de pobreza, mientras que otras son ricas y acomodadas?

K.: Qu es lo que piensas t ? En vez de pregunt rmelo y esperar mi respuesta, por qu no averiguas lo que t sientes al respecto? Piensas que es alg n proceso misterioso al que llamas karma? En una vida anterior has vivido noblemente y, debido a eso, ahora est s siendo recompensado con riqueza y posici n! Es as ? O habiendo actuado mal en una vida anterior, est s pagando por ello en esta vida!

Mira, ste es realmente un problema muy complejo. La pobreza es culpa de la sociedad, una sociedad en la que los codiciosos y los astutos prosperan y alcanzan la c spide. Y nosotros queremos la misma cosa, tambi n queremos trepar por la escalera y llegar a la parte de arriba. Y cuando todos queremos llegar arriba, qu sucede? Pisamos a alguien; y el hombre al que pisan, al que destruyen, pregunta: por qu la vida es tan injusta? Ustedes lo tienen todo y yo no tengo capacidad, no tengo nada . En tanto sigamos trepando por la escalera del xito, siempre existir n el enfermo y el mal alimentado. Es el deseo de xito el que tiene que ser comprendido y no por qu hay ricos y pobres o por qu algunos tienen talento y otros no tienen ninguno. Lo que tiene que cambiar es nuestro deseo de trepar, nuestro deseo de ser grandes, de alcanzar el xito. Todos aspiramos al xito, no es as ? All radica la culpa y no en el karma o en alguna otra explicaci n. El hecho real es que todos nosotros deseamos estar en la cima; quiz no en la cima misma, pero al menos tan alto en la escalera como seamos capaces de treparla. En tanto exista este impulso de ser grande, de ser alguien en el mundo, vamos a tener al rico y al pobre, al explotador ya los explotados.

Interlocutor: Es Dios un hombre o una mujer, o es algo completamente misterioso?

K.: Acabo de contestar esa pregunta y me temo que no escuchaste. Este pa s est dominado por los hombres. Supongamos que digo que Dios es una se ora, qu har as? Rechazar as eso porque est s lleno con la idea de que Dios es un hombre. As que tienes que descubrirlo por ti mismo; pero para descubrir, tienes que estar libre de todo prejuicio.


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